BLACK ROLLMOPS

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Je crois à la nuit. [Rainer Maria Rilke]

CONSTAT DRAMATIQUE D’UNE CRÉATURE FRAGILE

J’ai depuis toujours considéré la société comme une organisation dangereuse où tout peut arriver et surtout pas le meilleur.

Tenue donc à la vigilance, j’ai consciencieusement pris garde à ne pas m’y subordonner, à entretenir avec elle de prudentes relations, épistolaires si l’en est, prenant un soin extrême à ne pas approfondir une collaboration dont je pouvais par ailleurs me passer le plus souvent, demeurant en retrait, opposant une fin de non-observance si possible.

Parce que ce qui d’ordinaire m’effraie n’est pas ce système cloisonné, hiérarchique, infiniment complexe permettant quelques droits en écho de quelques obligations – j’en comprends néanmoins le fonctionnement, mais bien plus le siège de cette construction, en cela l’esprit humain qui l’a créé.

Voilà. Je suis sans doute méfiante par nature, blessée par histoire et fragile de ces faits.

Pour autant, je refuse catégoriquement toute association curieuse et grotesque aux candidats anarchistes ou révolutionnaires à cinquante centimes de francs, eux font de l’organisation sociale leur fonds de commerce et trouvent dans cette existence le propre sens de la leur. Non, je ne suis pas de ces paresseux qui rejettent autant le système qu’ils s’en nourrissent.

Je suis bien davantage dans la nuance !

Je considère en effet le système social essentiel mais incompatible avec la nature humaine. En cela, nécessaire pour canaliser quelque individualisme et organiser tant que faire se peut une approximative collaboration entre tous, mais définitivement imparfait voire néfaste, exacerbant les vanités, les jalousies et autres sentiments humains de nature à encourager la comparaison et la fourberie, incapable de taire l’absurdité de l’être humain.

Je considère la société comme un puzzle mal fini, un édifice basé sur de la matière et jamais de l’esprit au sens des civilisations antiques, une construction faisant fi des sentiments de tous à commencer par ce qui fait notre humanité, la société comme une fille mal fagotée, une putain sur le retour à qui l’on refuserait la mention « apte » lors de la visite médicale.

L’organisation sociale me fait penser à une matrice bien huilée visible de tous, indispensable à tous, obligatoire pour tous, y déroger entraînant la sanction et calquant tout homme sur l’autre, lui dénigrant ce qu’il est en vérité, le considérant comme un pion sur le terrain, un petit moteur qui ronronne, docile et toujours prêt.

Que fait-on de la haine insufflée dans chaque cœur, de la duplicité, de l’orgueil ou du mépris ?

Que prévoit la société en gestion de ces sentiments ? Quelle est la solution pour ne pas souffrir et continuer malgré tout dans la béatitude à laquelle nous sommes condamnés, nous, civilisation occidentale et moderne ?

Je me méfie de l’Homme et de sa cour de phantasmes, de ses turpitudes et de ses mauvais augures.

L’homme est stupide et fourbe autant qu’il sait être bon et remarquable. Dualité humaine me direz-vous… Certes, mais il faut néanmoins ne pas négliger la part d’ombre qu’il nous faudra supporter des autres, faire avec eux et s’en sortir quand même. La société ne nous aidera pas, nous devrons être adultes et responsables à défaut d’être raisonnables.

Je me méfie de l’Homme parce qu’il est duel et beau à la fois. Je n’ai jamais su exister dans ce monde qui est le mien, celui de ma naissance et celui où je passe ma vie, je n’ai pas de tuteur, de Maitre Yoda pour m’aider et m’apprendre. Je suis seule comme l’enfant est seul, abandonnée en phase constante d’apprentissage. J’ai compris désormais que je ne m’en sortirai pas indemne, que je ne saurai pas faire ce qu’il faut et encore moins tirer avantage de mes expériences – même douloureuses. Je n’ai pas de mémoire et surtout pas celle de la souffrance, je réitère les mêmes erreurs, je n’apprends pas, je suis inapte et définitivement lamentable. Je ne m’endurcis pas avec le temps, je pleure encore des mêmes choses des années après et demeure sans défense face aux attaques. Je suis émue des beaux gestes et en attente des belles actions. Je suis seule face à ma propre pitié, privée de toute mansuétude d’où qu’elle vienne, crucifiée sans doute sur l’autel des faibles et des fragiles.

Et pourtant, du cœur à l’ouvrage, j’en ai. De l’amour et de l’indulgence aussi. Sont-ce des sentiments dédiés aux minables, aux recalés sur l’échelle de Darwin ?

Il faut sans doute le croire puisque l’esprit est secondaire derrière la matière, en ce sens, moins sérieux face au tangible à tel point que des millions de générations ont privilégié le concret à l’abstrait, la réalité visible à l’idée, l’atome au souffle. Les civilisations anciennes pensaient que la brise sur le visage était la caresse de la robe d’un dieu qui passait près de nous…

Je prends donc le large de ce qui m’entoure pour m’échouer à force de ronds dans l’eau, éloignée de ma base, comme dans les eaux internationales, soumise à aucune loi en particulier, aucune appartenance pour mon pavillon si ce n’est celle de tous à la fois.

Je suis apatride, perdue et égarée, seule pour de vrai.


[peinture Le Radeau de la Méduse - Théodore Géricault 1818 1819]

Pourquoi j’avais fait ça ? j’avais des tas d’explications, toutes fausses. La vérité c’est que je suis un sale type, et ça va changer, je vais changer, tout ça est bien fini, désormais je suis clean, j’avance dans le droit chemin, je choisis la vie. J’en jubile à l’avance.
Je vais devenir comme vous… Le boulot, la famille, la super téloch, la machine à laver, la bagnole, la platine-laser et l’ouvre-boîte électrique, la santé, le cholestérol, une bonne mutuelle, les traites, la baraque, le survet, les valises, mes costards 3 pièces, le bricolage, les jeux télé, le Mac Do, les mômes, les balades en forêt, le golf, laver la voiture, tout un choix de pulls, les Noël en famille, les plans d’épargne, les abattements fiscaux, déboucher l’évier, s’en sortir, voir venir… Le jour de sa mort…  [TRANSPOTTING - Renton]

Pourquoi j’avais fait ça ? j’avais des tas d’explications, toutes fausses. La vérité c’est que je suis un sale type, et ça va changer, je vais changer, tout ça est bien fini, désormais je suis clean, j’avance dans le droit chemin, je choisis la vie. J’en jubile à l’avance.
Je vais devenir comme vous… Le boulot, la famille, la super téloch, la machine à laver, la bagnole, la platine-laser et l’ouvre-boîte électrique, la santé, le cholestérol, une bonne mutuelle, les traites, la baraque, le survet, les valises, mes costards 3 pièces, le bricolage, les jeux télé, le Mac Do, les mômes, les balades en forêt, le golf, laver la voiture, tout un choix de pulls, les Noël en famille, les plans d’épargne, les abattements fiscaux, déboucher l’évier, s’en sortir, voir venir… Le jour de sa mort…  [TRANSPOTTING - Renton]

"Quand un homme s’angoisse pour son loyer, les traites de sa voiture, le réveille-matin, l’éducation du gosse, un dîner à dix dollars avec sa petite amie, l’opinion du voisin, le prestige du drapeau ou les malheurs de Brenda Starr, une pilule de LSD a toutes les chances de le rendre fou parce qu’il est déjà fou en un sens, écrabouillé par les interdits sociaux et rendu inapte à toute réflexion personnelle"
[Charles Bukowski]
Il y a assez de traîtrise, de haine, de violence,
D’absurdité dans l’être humain moyen
Pour approvisionner à tout moment n’importe quelle armée
Et les plus doués pour le meurtre sont ceux qui prêchent contre
Et les plus doués pour la haine sont ceux qui prêchent l’amour
Et les plus doués pour la guerre - finalement - sont ceux qui prêchent la paix
 
Méfiez-vous
De l’homme moyen
De la femme moyenne
Méfiez-vous de leur amour
 
Leur amour est moyen, recherche la médiocrité
Mais il y a du génie dans leur haine
Il y a assez de génie dans leur haine pour vous tuer, pour tuer n’importe qui
 
Ne voulant pas de la solitude
Ne comprenant pas la solitude
Ils essaient de détruire
Tout
Ce qui diffère
D’eux
 
Étant incapables
De créer de l’art
Ils ne comprennent pas l’art
 
Ils ne voient dans leur échec
En tant que créateurs
Qu’un échec
Du monde
 
Étant incapables d’aimer pleinement
Ils croient votre amour
Incomplet
Du coup, ils vous détestent
 
Et leur haine est parfaite
Comme un diamant qui brille
Comme un couteau
Comme une montagne
Comme un tigre
Comme la ciguë
Leur plus grand art.

Il y a assez de traîtrise, de haine, de violence,

D’absurdité dans l’être humain moyen

Pour approvisionner à tout moment n’importe quelle armée

Et les plus doués pour le meurtre sont ceux qui prêchent contre

Et les plus doués pour la haine sont ceux qui prêchent l’amour

Et les plus doués pour la guerre - finalement - sont ceux qui prêchent la paix

 

Méfiez-vous

De l’homme moyen

De la femme moyenne

Méfiez-vous de leur amour

 

Leur amour est moyen, recherche la médiocrité

Mais il y a du génie dans leur haine

Il y a assez de génie dans leur haine pour vous tuer, pour tuer n’importe qui

 

Ne voulant pas de la solitude

Ne comprenant pas la solitude

Ils essaient de détruire

Tout

Ce qui diffère

D’eux

 

Étant incapables

De créer de l’art

Ils ne comprennent pas l’art

 

Ils ne voient dans leur échec

En tant que créateurs

Qu’un échec

Du monde

 

Étant incapables d’aimer pleinement

Ils croient votre amour

Incomplet

Du coup, ils vous détestent

 

Et leur haine est parfaite

Comme un diamant qui brille

Comme un couteau

Comme une montagne

Comme un tigre

Comme la ciguë

Leur plus grand art.

Meaningless Tales: PETIT POSTULAT EN PERIODE TROUBLE

meaningless-tales:

En partenariat avec Laguerreatroyes

Je ne sais pas pour vous, mais j’en ai absolument rien à foutre des élections. Présidentielles, législatives … Vacuités on ne peut plus évidentes. N’étant en verve ni pour aimer, ni pour haïr, autant prendre la tangente. Un brin radical comme avis, je sais….

  • « Houellebecq lui-même me l’avait bien expliqué :– Si tu veux avoir des lecteurs, mets-toi à leur niveau ! Fais de toi un personnage aussi plat, flou, médiocre, moche et honteux que lui. C’est le secret, Marc-Edouard. Toi, tu veux trop soulever le lecteur de terre, l’emporter dans les cieux de ton fol amour de la vie et des hommes !… Ça le complexe, ça l’hu­milie, et donc il te néglige, il te rejette, puis il finit par te mépriser et te haïr…Michel avait raison. Un best-seller a toujours raison.Dire qu’on habitait au 103, rue de la Convention, Michel et moi… Chacun dans un immeuble, face à face. On avait la même adresse ! », Le Vingt-Septième Livre, préface à la réédition du Régal des Vermines, Le Dilettante, 2005.
  • « Houellebecq lui-même me l’avait bien expliqué :– Si tu veux avoir des lecteurs, mets-toi à leur niveau ! Fais de toi un personnage aussi plat, flou, médiocre, moche et honteux que lui. C’est le secret, Marc-Edouard. Toi, tu veux trop soulever le lecteur de terre, l’emporter dans les cieux de ton fol amour de la vie et des hommes !… Ça le complexe, ça l’hu­milie, et donc il te néglige, il te rejette, puis il finit par te mépriser et te haïr…Michel avait raison. Un best-seller a toujours raison.Dire qu’on habitait au 103, rue de la Convention, Michel et moi… Chacun dans un immeuble, face à face. On avait la même adresse ! », Le Vingt-Septième Livre, préface à la réédition du Régal des Vermines, Le Dilettante, 2005.

« Houellebecq lui-même me l’avait bien expliqué :
– Si tu veux avoir des lecteurs, mets-toi à leur niveau ! Fais de toi un personnage aussi plat, flou, médiocre, moche et honteux que lui. C’est le secret, Marc-Edouard. Toi, tu veux trop soulever le lecteur de terre, l’emporter dans les cieux de ton fol amour de la vie et des hommes !… Ça le complexe, ça l’hu­milie, et donc il te néglige, il te rejette, puis il finit par te mépriser et te haïr…
Michel avait raison. Un best-seller a toujours raison.
Dire qu’on habitait au 103, rue de la Convention, Michel et moi… Chacun dans un immeuble, face à face. On avait la même adresse ! », Le Vingt-Septième Livre, préface à la réédition du Régal des Vermines, Le Dilettante, 2005.

Ce qui donne naissance à la société, c’est l’impuissance où chaque homme se trouve de se suffire à lui-même, et le besoin qu’il éprouve de beaucoup de choses. La multiplicité de ses besoins a réuni dans une même habitation plusieurs hommes en vue de s’entraider : et nous avons donné à cette société le nom d’État  [PLATON]

[Peinture de Raphaël - Ecole d’Athènes - Chambre de la Signature - Chapelle Sixtine - Vatican]

"Qu’on pense aux millions de gens qui vivent ensemble à contre-cœur, qui détestent leur boulot mais craignent de le perdre, pas étonnant qu’ils aient des tronches pareilles. Il est presque impossible de contempler une physionomie ordinaire sans devoir détourner les yeux vers autre chose, une orange, un caillou, une bouteille de térébenthine, le cul d’un chien. Même dans les prisons, même dans les maisons de fous, il n’y a pas de tronches acceptables, et le médecin qui se penchera sur vous quand vous serez à l’agonie aura un masque d’abruti. [Bukowski]"
  • Ich bin der Teufel

  • Kiss Mummy

ANNABELLE ET LA QUESTION

Le mercredi, c’est le jour des nabots, alors comme tous les mercredis, je faisais mon turbin de mère nabot et emmenais Armand au centre aéré.

La perte de temps du dépose-nabot m’agaçait mais se trouvait cependant vite compensée par les dix minutes que je donnais, bien de bon cœur à Annabelle, la responsable du centre de garde-nabots, et avec laquelle je bavassais avant de me bombarder vers mon turbin numéro 2.

Invariablement, Armand trottinait nabotement devant moi et bifurquait en direction des grands nabots et moi, moi je cherchais d’un œil réjoui ma copine afin de perdre le premier quart d’heure de la journée dans une activité qui me mettrait en retard, certes, mais aussi en joie. Juste parenthèse : à cette époque ma vie était presque aussi gaie qu’un rollmops sur une table de restaurant…

Et puis c’était parti… bla bla bla bla bla

Un jour, nous trouvâmes idiot d’en rester là et décidâmes de nous retrouver chez moi, libres ainsi de poursuivre nos conversations stériles, donc agréables, autour d’une bouteille de vin et des toasts. L’affaire fut entendue, nous fixâmes un soir et ce jour-là, j’attendis avec gourmandise Annabelle, excitée de la bonne soirée en perspective.

Elle se pointa bouteille de champagne en main. D’évidence, nous abandonnâmes la boutanche de vin blanc que j’avais mise au frais et optèrent pour le nectar pétillant apporté par mon amie.

Et puis c’était parti… bla bla bla bla bla… Et attention, tout y passa, les mecs, le taf, les sous, les vacances… parce du temps à rattraper, on en avait et du temps devant nous, aussi !

Et puis je sais pas pourquoi, nous abordâmes les phantasmes sexuels !

Le mien était le suivant : faire l’amour avec deux hommes à la fois. Le sien était plus simple, ou plus faisable, selon… c’était se taper une fille. Je me souviens avoir été étonnée de toute l’impossibilité qu’elle mettait dans cette expérience qui lui semblait tellement compliquée. Elle trouvait son dessein quasi inextricable, ignorant la méthode de rechercher de la candidate et s’inquiétant même un peu sur la difficulté à la convaincre.

J’avoue que je restai un peu interdite exaspérée aussi de tout le tintouin qu’elle s’en faisait…

Bon, comme on dit, l’alcool aidant (…), j’eus bien à cet instant une idée pour lui rendre service dans sa quête mais je me tus, craignant de l’effrayer et de la voir partir.

Et puis voilà pas qu’elle me prit la main et me révéla, à voix basse, comme un secret, qu’elle se laisserait bien tenter avec moi…

Bien évidemment, je pris mon air surpris, voire embêté, voire même un peu indigné, mais veillai tout de même à laisser transparaître une évidente flatterie et une attitude dans mon corps qui ne disait ni oui ni non.

Bref, me faisant un peu prier juste ce qu’il faut, voilà que je l’avais attrapée dans mes bras et lui roulait LA gamelle dont je rêvais depuis longtemps, c’est sur !

Je me souviens à ce moment là avoir préféré mettre de côté la question à savoir : étais-je lesbienne ? préférant remettre à plus tard toute cette masturbation de l’esprit qui n’aurait pu sur le moment, améliorer la qualité de notre échange…

Contrite, je ne le fus pas bien longtemps, je me jetai l’air de rien sur elle bien déterminée à la manger, à l’avaler puis à prendre le temps de la digestion, comme une gourmandise, dont il ne devrait rester que le souvenir pendant longtemps.

Il faut tout de même préciser qu’Annabelle était superbe, vraiment. Ses cheveux longs blonds étaient soyeux, épais, son ventre était plat musclé tout juste, ses seins, deux petites oranges régulières et tout son corps, son corps… son corps dans son ensemble était quant à lui parfait, une peau mate un peu, un petit cul bombé, une cambrure de reine et une peau si douce même parfumée et sa chute de reins… un danger pour quiconque !

Notre liaison dura deux bonnes heures et encore aujourd’hui, un petit sourire mélancolique se dessine chaque fois que je pense à elle. Annabelle était vraiment très belle et je pense bien être ce soir là tombée en amour pour son corps.

J’ai revu Annabelle il y a peu, toujours mon nabot en sac à main, devant la borne du Mac Do. C’est drôle mais j’ai senti ce coup au cœur qu’ont les femmes qui croisent par hasard un homme qu’elles ont aimé et pour lequel elles gardent cette nostalgie profonde. J’étais gênée, pas de notre liaison mais de ce sentiment étrange qui faisait appel au manque, à l’attirance pour ce corps que je ne pus satisfaire de nouveau.

D’ailleurs c’est encore à ce jour une question qui me taraude et dont je n’ai toujours pas la réponse, peut-on tomber en amour d’un corps sans voir la personne qui l’habite ?

Ma question est ce qu’il demeure de notre liaison, comme le goût séduisant d’un fruit exotique.


[Peinture Botticelli - La Naissance de Vénus]

LA FILLE AUX COUTEAUX

La fille aux couteaux veut mourir par hasard.

Elle a donné ce soir rendez-vous à la Mort, un soir comme l’était celui d’hier, c’est sans conséquence ils sont tous pareils.

Elle a gardé ça pour elle, préservant la surprise du spectacle de sa fin.

On dressera la roulette russe au centre de la piste, les enfants et les vieux venus voir les clowns auront droit au bonus.

Mais attention ! On ne joue qu’un soir, pas de représentation supplémentaire.

C’est là toute l’extravagance de la soirée.

La fille aux couteaux a choisi de porter son habit rouge pour qu’on la voit bien sur le cercle de bois, ses cheveux relevés et son cou frêle en artifice.

La Mort ne doit pas se perdre, s’égarer jusqu’à elle. La cliente est sérieuse, elle doit être à l’heure.

La fille aux couteaux connaît sa vie par cœur, l’inattendu c’est pour les autres. Comme elle s’ennuie elle veut mourir ce soir, au hasard d’un couteau.

La roulette est prête, le bras armé se prépare. On donne Wagner. C’est sans doute un peu trop mais il faudra faire avec.

La roue s’actionne et le tour commence.

Les couteaux virevoltent et se plantent dans le bois doux et moelleux de la roue, à côté de la poupée blonde. Elle sourit à la Mort, que peut-elle bien faire d’autres pour passer le temps ?

Et puis d’un coup, elle bouge la tête sans doute un peu trop. Sur un coup de tête pourrait-on dire. La roue tourne toujours et lui n’a rien vu.

Le bandeau sur ses yeux, le couteau dans sa main gauche, il va lancer la Mort jusqu’au cou de la fille.

Chacun à sa place, tout le monde est à l’heure et voici que le sang lui aussi est à l’honneur !

Un cri unique et coordonné, décidément ce soir tout est parfait.

La fille aux couteaux se meurt sur l’autel, son compagnon à son chevet.

Amis, honorons cette fille-là, cet esprit féminin, cette profonde enfant !

Et puis nos petits jeux se répétèrent jusqu’à nous donner envie de franchir le pas des politesses et des amusements sans conséquence.

Il m’emmena un jour dans l’écurie, tout ceci me fit d’abord sourire car je reconnus là l’homme des bois qu’il était. Ce n’était d’ailleurs pas pour me déplaire, n’ayant pas eu encore affaire à ce monde-là.

Il ouvrit un box et me poussa dans la paille fraiche où je tombais. Il vint vers moi et déboutonna son pantalon, je fis de même, un peu amusée tout de même de la tournure que prenait ma petite visite un rien perverse.

Il plongea alors sa tête entre mes cuisses que j’écartais me laissant faire au mieux. Il enfonça sa langue entre les chairs de mon sexe, le fouilla minutieusement, ce qui m’excita très vite. J’avais envie de lui ou plutôt d’être prise comme les putains de mon adolescence, celles des bordels.

Il saisit alors sa queue et j’eus le temps de voir qu’il bandait, qu’elle était grosse et gonflée. Il m’enfila sans peine, j’étais déjà mouillée et commença à me tringler furieusement. Il en rêvait depuis longtemps c’est sur.

La première fois, notre petite gymnastique ne dura pas longtemps mais j’eus le temps malgré tout d’y trouver du plaisir et d’y prendre goût, lui jouit dans un râle disant clairement qu’il avait aimé.

Ce manège sexuel devint presque quotidien, nous baisions de bon cœur dans les box, le soir à la fraîche, cherchant pour ma part une intime perversion et pour la sienne, en plus d’éjaculer, sans doute le plaisir de m’avoir à lui. Je crois qu’il en pinçait.

Egon SCHIELE

Egon SCHIELE

"Tu peux, à l’heure que tu veux, te retirer en toi-même. Nulle retraite n’est plus tranquille ni moins troublée pour l’homme que celle qu’il trouve en son âme"
Marc-Aurèle
Egon SCHIELE, Wally en chemisier rouge, genoux relevés, 1913.

Egon SCHIELE, Wally en chemisier rouge, genoux relevés, 1913.